Méthode Mézières : kiné pour soulager les maux de dos / Les bons gestes au quotidien

Article extrait du journal TOP SANTE de Mars 2002 réalisé par le Dr Béatrice LOISEAU  avec la collaboration de Jacques PATTE, ancien directeur de formation à l’AMIK.

PLUS JAMAIS MAL AU DOS AVEC LA MÉTHODE MEZIERES

Vous souffrez régulièrement du dos ? Pourquoi ne pas essayer la Méthode Mézières ?

Elle aborde la douleur locale en tenant compte du corps tout entier.

Tout ce qu’il faut savoir sur cette rééducation résolument différente.

Parmi les solutions anti-mal de dos qui se succèdent au gré des modes et des nouvelles connaissances, la rééducation garde une place de choix.

Mais tous les professionnels n’utilisent pas les mêmes techniques.

Pour la kinésithérapie classique, ces douleurs sont en partie dues à la faiblesse des muscles dorsaux, qu’il faut donc développer.

Pour les adeptes de la Méthode Mézières, elles s’expliqueraient, au contraire, par le fait que les muscles dorsaux, particulièrement puissants, sont trop souvent trop courts et trop toniques. Il n’est donc pas question de les renforcer davantage, ce qui aurait pour effet de les raccourcir. Il faut plutôt combattre leur hyper-tonicité par des étirements adaptés, de manière à leur rendre à la fois longueur, souplesse et tonicité naturelles.

LES BONS GESTES AU QUOTIDIEN

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C’est en examinant l’une de ses patientes, en 1947, que  Françoise Mézières commence à réfléchir à ce que deviendra sa méthode, une technique qui va bouleverser les idées reçues en matière de rééducation physique. Ne parvenant pas à soigner une femme atteinte d’une cyphose (dos rond) invalidante par les moyens classiques, la kinésithérapeute la fait allonger sur le dos et appuie sur ses épaules pour mettre sa colonne vertébrale à plat. Elle observe alors qu’à peine la cyphose corrigée, le creux naturel des reins s’accentue (hyperlordose).

Un maillon est déréglé, et tout le corps l’est aussi
En voulant réduire cette nouvelle déformation, la kiné remonte les genoux de la patiente sur la poitrine et constate que le creux se retrouve au niveau du cou et contraint la tête à basculer en arrière. La déformation se déplace en fait sur la colonne « comme un anneau sur une tringle à rideaux« . Françoise Mézières arrive à la conclusion que les muscles du dos sont solidaires entre eux et se comportent comme un seul muscle. Ce principe s’étend à  l’ensemble du corps, qui comprend ainsi de grandes chaînes musculaires reliées entre elles.

Le mal vient parfois d’ailleurs …
« Le mal n’est jamais où il se manifeste« , avait coutume de dire Françoise Mézières. Cette phrase résume parfaitement le fondement de sa méthode.
« Nous considérons que toute partie du corps est dépendante et en relation avec le reste de l’organisme, de par la solidarité des muscles qui s’organisent en chaînes »Un simple geste sollicite ainsi toute une famille musculaire qui va permettre et faciliter la coordination motrice. Or, pour diverses raisons (d’ordre traumatique, psycho comportemental, émotionnel…), ces muscles vont subir des excès de tension et de raccourcissement répétés. Tout ceci perturbe la statique générale, et limite les mouvements par le jeu d’adaptation et des compensations. On observe alors des tassements, des déformations et des douleurs, qui ont une cause plus  lointaine dans le temps et dans l’espace », explique Jacques Patté, ancien directeur de formation à l’AMIK, Association Méziériste Internationale de Kinésithérapie.

Des compensations en chaîne
Plus concrètement, une personne qui se tord la cheville, par exemple, va, pour éviter d’avoir mal à cet endroit, compenser, en tournant un peu le genou vers l’intérieur. Au bout d’un certain temps, elle adoptera une mauvaise position, qui entraînera une douleur au niveau de l’articulation. Et une nouvelle compensation se mettra donc en place au niveau du bassin, du dos, ou même de l’épaule. Un mal de tête ou de dos peut ainsi avoir des racines ailleurs !
Selon Jacques Patté, « l’art du mézièriste consiste à remonter la chaîne des compensations installées au niveau du corps pour en débusquer, la ou les causes primaires« . Au contraire des kinésithérapeutes « classiques », les mézièristes ne se cantonnent pas à soigner une partie du corps. Leur approche est globale.
Ils considèrent la personne dans son ensemble et tiennent compte de son histoire. Autre point important : il n’existe pas de traitement standard. La technique s’adapte en effet à chaque cas et non le contraire. Le but de cette rééducation est d’aider le patient à lutter contre les mauvaises positions et à rendre leur mobilité normale aux muscles. Ce qui lui permet peu à peu de retrouver son équilibre morphologique. En quelque sorte l’harmonie de son corps…
 
Étirer les muscles en douceur
Gabrielle s’interroge sur l’intérêt de consulter un kinésithérapeute Méthode Mézières. Cette jeune fille de 19 ans souffre d’une scoliose et a dû porter un corset jusqu’à la fin de sa croissance, pour éviter que la déformation ne s’aggrave. Aujourd’hui, elle a très fréquemment mal au dos, se plaint de douleurs permanentes à la nuque et se réveille régulièrement avec un torticolis. Le problème de Gabrielle fait partie, comme de nombreuses autres affections concernant la colonne vertébrale, des grandes indications de la Méthode Mézières.

Des postures pour assouplir
Pour la soulager durablement, le kinésithérapeute va progressivement l’aider à étirer les muscles qui entretiennent sa douleur. Ce travail d’étirement, les mézièristes l’appliquent à l’ensemble des chaînes musculaires. La technique fait appel à des postures qui visent, selon Jacques Patté, à « obtenir un relâchement, un assouplisse-ment ou un allongement des muscles concernés, ainsi qu’une décompression articulaire et un ajustement postural, tout en libérant la respiration ».

LES BONS GESTES AU QUOTIDIEN / Kiné pour le dos

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Soulager le dos, mais pas seulement
Les praticiens Méthode Mézières peuvent avoir recours à des massages et à des mobilisations (mise en mouvement de certaines parties du corps). « C’est une méthode très exigeante, qui requiert la participation active tant du patient que du thérapeute« , explique un autre spécialiste parisien.

Elle se révèle efficace pour soulager les douleurs dorsales (sciatique, lombalgies, arthrose vertébrale…). Elle joue également un rôle préventif. En prenant conscience des déséquilibres, des mauvaises postures…, le patient acquiert les bons réflexes, de nouvelles façons de se mouvoir, qui lui permettront d’éviter les récidives.

Mais bien d’autres problèmes peuvent être soulagés ou résolus en utilisant cette technique de rééducation.

Le cas de Jeanne est édifiant. En janvier 2000, cette femme dynamique de 72 ans tombe dans l’escalier et se brise la rotule. Opérée une première fois, elle doit subir une nouvelle intervention six mois plus tard, car, en raison d’une rééducation mal adaptée, son genou est resté pratiquement raide. Certes, l’arthrolyse chirurgicale, destinée à rendre sa mobilité à l’articulation lui permet de la plier davantage. Néanmoins, malgré les séances de kiné-sithérapie, Jeanne souffre constamment. « Dès que je pliais le genou, ma rotule se déviait vers la droite. Du coup, j’ai adopté une attitude de défense. Je contractais tout. Je me sentais comme un automate, bloquée de la hanche jusqu’au pied. Impossible de monter ou de descendre un escalier » raconte-t-elle.

Une rééducation sur mesure
La situation n’évolue guère jusqu’à cet été, où elle entend parler de la méthode Mézières. Depuis trois mois, elle travaille avec un mézièriste et a repris confiance.
« L’approche globale du corps m’était totalement étrangère. Mais franchement, je remarque une différence considérable. Je reprends forme humaine, je me sens soulagée, aussi bien physiquement que moralement. D’ailleurs toute la famille l’a constaté. J’ai encore des douleurs et des appréhensions devant un escalier, mais je suis plus souple, je me tiens droite et mon genou a retrouvé sa mobilité. Tout n’est pas par-fait, mais j’ai confiance. Surtout après avoir été coincée pendant presque deux ans« . raconte Jeanne. Elle a déjà eu une quinzaine de séances de rééducation et il lui en faudra probablement autant pour retrouver la forme, mais tout dépend des cas. Avec la méthode Mézières, le traitement se fait sur mesure.

Des séances qui durent une heure
Lors du premier rendez-vous, le thérapeute interroge le patient sur ses antécédents cliniques, mais aussi psychologiques, et procède à un examen morphologique rigoureux. Il s’agit d’une véritable « lecture du corps« , destinée àr epérer les anomalies propres à chacun, ou encore certaines déformations (dysmorphismes) plus importantes. Le thérapeute examine la personne déshabillée, d’abord en position statique, de face, de dos et de profil, des deux côtés. Ensuite, il l’observe en action, penchée en avant, latéralement et en position assise, ainsi que couchée. Enfin, il teste les postures d’étirement, en lui faisant faire des mouvements, ce qui lui permet de déceler les mécanismes de rétraction dominants, c’est à dire les chaînes qui entravent le bon fonctionnement du corps.

Une étroite relation patient/thérapeute
Après cet examen, très complet, le mézièriste peut définir avec la personne la rééducation adaptée à son cas. Mais attention « ce n’est pas une thérapie que l’on subit« , rappelle Jacques Patté. « Il ne s’agit pas simplement de corriger un dysfonctionnement mais également de donner au patient la possibilité d’organiser et d’intégrer un nouveau schéma corporel, et cela doit se faire à son « corps participant« .
Pour obtenir des résultats, il faut donc s’investir. Chaque séance, toujours individuelle, dure environ une heure, et nécessite la présence constante du kiné. On travaille debout, allongé ou assis. Le thérapeute cherche à aligner la tête, les épaules et le bassin, en faisant prendre des postures d’étirement en adéquation avec les possibilités du patient.
Chaque position est corrigée par le praticien qui essaie, en même temps de le conduire à prendre conscience de son corps. Elles sont maintenues suffisamment longtemps pour libérer les tensions et obtenir le relâchement des contractures musculaires. Tout le travail de correction s’effectue à l’aide de la respiration, plus particulièrement de l’expiration. Pour faciliter l’action des postures d’étirement, le mézièriste peut avoir recours à des massages.

LES BONS GESTES AU QUOTIDIEN /  Kiné pour le dos

Un traitement de longue haleine
Sa durée dépend des douleurs, des troubles, mais aussi de leur ancienneté. Les séances, qui se poursuivent parfois pendant plusieurs mois, ont lieu, en général, une fois par semaine. Selon les cas, on peut les espacer au bout d’un certain temps, mais elles doivent être suivies de façon très régulière.

« Il ne faut pas aller vite, on change les choses en profondeur. On dénoue des problèmes parfois très anciens. Cela ne se fait pas en quelques jours. Il n’est pas nécessaire de « suer sang et eau » et de multiplier les séances. Mieux vaut travailler dans le temps avec justesse et précision » déclare Jacques Patté.

Néanmoins, certaines personnes parviennent à obtenir d’excellents résultats en à peine quelques séances.

Réservée aux adultes
Inutile de se lancer dans une telle rééducation si l’on n’est pas prêt à s’y engager sérieusement.
Lors des premières séances, la mise en tension globale et le travail sur le diaphragme (le grand muscle qui sépare le thorax de l’abdomen) mettent en jeu le système neurovégétatif et peuvent entraîner un certain nombre de réactions désagréables mais passagères : faim, froid, soif, sommeil, courbatures…

Des séances parfois fatigantes
Le travail est long et peut paraître épuisant. C’est d’ailleurs pour cela que la méthode n’est pas conseillée aux jeunes enfants, trop immatures pour pouvoir comprendre ses contraintes.

« Tout dépend des cas mais, en général, il est difficile de les traiter avant la puberté. les positions doivent être tenues assez longtemps, et les enfants, impatients, ont tendance à se disperser très vite. Par ailleurs, ils ont une plus grande sensibilité aux postures d’étirement, qu’ils peuvent mal supporter« , explique un kinésithérapeute.

Chaque séance d’environ une heure coûte de 45 à 65 €. La sécurité sociale qui ne prend pas en charge le complément d’honoraires, ne vous remboursera donc qu’une petite partie de la somme.
Cependant, certaines mutuelles accordent un remboursement supplémentaire.

Agir de manière préventive
Pour Jacques Patté, comme pour bon nombre de mézièristes mieux vaut prévenir que « guérir« . L’idéal serait que chacun d’entre nous se soumette à un bilan diagnostique, qui permettrait de détecter des anomalies ou des dysmorphismes n’ayant pas encore entraînés des problèmes. On pourrait ainsi agir, de manière préventive, avant même que les douleurs ne se déclarent. Peut-être que la kinésithérapie du futur saura nous épargner les maux de dos. En attendant, apprenons les gestes qui ménagent celui-ci au quotidien.